
Date de publication: 09 février 2026 / Agriculture / Author : ATH Sokren
Devant près de 600 étudiants de l’Université royale de Phnom Penh, réunis le 26 janvier 2026 au Cambodia-Korea Cooperation Center, le Dr Hay Ly Eang a livré une leçon de développement économique très concrète, ancrée dans l’histoire récente du Cambodge et dans son expérience d’entrepreneur. Invité d’une conférence sur « les opportunités de la transformation alimentaire», aux côtés de Thon Vattana, 2e vice-président du Sénat, et de Sim Virak, sous-secrétaire d’État au ministère des Finances, le fondateur du Groupe PPM - Confirel a appelé la jeune génération à regarder l’agriculture et l’agroalimentaire comme un levier stratégique pour l’avenir du pays.
Revenant sur les grandes phases traversées par l’économie cambodgienne – de l’indépendance à la guerre civile, de « l’économie sous perfusion » des années d’embargo à l’ouverture de l’ère UNTAC – le Dr Hay a montré combien le royaume a longtemps manqué de marché, de produits et d’industries de transformation. À partir des années 2000, a-t-il souligné, l’économie s’est surtout développée par le commerce et l’assemblage (textile), laissant en friche le « socle principal » du pays : l’agriculture.
C’est dans ce vide que PPM, dans le domaine de la pharmacie, et Confirel, dans l’agroalimentaire, se sont engouffrés, en misant, pour ce qui concerne l’agroalimentaire, sur la transformation de produits locaux et la qualité. Alors que PPM est aujourd’hui classé 11e sur 600 laboratoires en Afrique francophone, les marques du groupe, conçues avec des ressources humaines locales, exportent désormais vers une trentaine de pays. Pour sa part, Confirel, créée il y a 25 ans, a déjà reçu huit prix, dont cinq internationaux, pour son travail sur des produits ancestraux comme le prahok ou le sucre de palme.
« Si la route est longue, il faut savoir la découper en petits tronçons pour y arriver », a-t-il lancé aux étudiants, insistant sur la détermination, la vision claire et la fidélité aux réalités cambodgiennes plutôt qu’à des théories importées. Pour lui, la crise frontalière avec la Thaïlande a été un électrochoc révélant à la fois la vulnérabilité d’une économie largement dépendante des importations et l’existence d’opportunités réelles, à condition que « les Khmers soutiennent les Khmers » et que l’appareil productif suive.
Le Dr Hay a également plaidé pour une alliance renouvelée entre État, citoyens et secteur privé. Il a rappelé qu’une entreprise rentable paie des impôts qui alimentent le budget national, appelant les autorités à considérer le privé comme un partenaire de développement plutôt que comme une vache à lait : « Il ne faut pas penser que le secteur privé est comme le porc laqué », a-t-il lancé, sous les rires de l’assemblée. Un message sans détour à une génération appelée, selon lui, à innover en protégeant l’héritage des générations passées tout en bâtissant une économie plus autonome et créatrice de valeur au Cambodge.